Pensé pour le bâti localLongchamp s'est construit en même temps que son palais, dans la seconde moitié du XIXe siècle : immeubles bourgeois de quatre à cinq étages sur le boulevard Longchamp et autour des Cinq-Avenues, avec halls carrelés, cages d'escalier en pierre, moulures, rosaces au plafond et carreaux de ciment dans presque chaque entrée et chaque cuisine. Vers les Chartreux et la Blancarde, le bâti devient plus simple, immeubles de rapport et petites copropriétés des années 30 aux années 60, avec des T3 et T4 de 60 à 90 m² qui font le gros des ventes. Le plan typique enchaîne un couloir, un séjour sur rue, des chambres sur cour et une cuisine fermée : en photo, le couloir paraît interminable, la chambre sur cour trop sombre, et les carreaux de ciment colorés jurent avec le mobilier laissé par le vendeur. Beaucoup d'appartements ont été rénovés à moitié, cuisine neuve et parquet d'origine, ou pas du tout, avec quarante ans de papier peint. Le désencombrement numérique remet chaque pièce à plat, puis le mobilier est posé à l'échelle et dans des tons qui laissent les carreaux et les moulures faire le spectacle. Les sols, les rosaces et les hauteurs sous plafond ne bougent pas ; ce qui change, c'est qu'on voit enfin l'appartement qu'un jeune couple s'imagine habiter, et non celui que le précédent propriétaire vient de quitter.
Pourquoi ça marche à LongchampLongchamp est l'un des quartiers de Marseille où les prix montent le plus régulièrement : à deux pas de la Canebière et du tram, avec le parc du palais comme jardin, il attire de jeunes couples, des primo-accédants et des familles qui trouvent le Prado trop cher et le centre trop bruyant. L'offre est faite d'appartements anciens comparables, et sur SeLoger la même annonce revient sous vingt formes : T3 bourgeois, carreaux de ciment, moulures, à rafraîchir. Ceux qui montrent un séjour désencombré et meublé sortent du lot et reçoivent les demandes de visite ; les autres attendent et finissent par négocier. Les acheteurs du quartier projettent souvent des travaux, et une pièce mise en scène leur montre le résultat possible sans rien cacher de l'existant, puisque l'original reste conservé à côté. Pour un vendeur, c'est la différence entre une annonce qui se discute et une annonce qui se visite.